RHAPSODIE ( extrait) ouvrage non publié

 

Nos temples majeurs et mineurs sont définis par le mode de répartition de sept intervalles inégaux --- tons et demi-tons --- selon un ordre de succession en principe indéfectible ; ainsi pour le mode ut majeur : un ton entre DO et RE ; un ton entre RE et MI ; un demi-ton entre MI et FA ; un ton entre FA et SOL ; un ton entre SOL et LA ; un ton entre LA et SI ; un demi-ton entre SI et DO.

Dans cette suite, trois degrés ont une importance particulière : le premier ou tonique qui donne son nom au ton ; le cinquième ou dominante dont le rapport avec la tonique ( DO/SOL ) correspond à la résonance naturelle reconnue par Pythagore ; le quatrième ou sous dominante à partir duquel on retrouve à la quinte supérieure le ton du mode de référence. L'examen de ces trois degrés( et des quintes qu'ils engendrent) fait apparaître pour le mode d'ut majeur la répétition des degrés un et cinq qui constituent ainsi les pivots du mode.

Le septième degré, SI dans le ton d'ut majeur, mérite une mention particulière : à un demi-ton de DO, cette note subit une très forte attraction ascendante qui la rend instable, vulnérable, dépendante : cette note appelle la suivante, tendue vers elle, demande instante, urgence de l'intervalle comblé ... désir ... note sensible.

 

Cette organisation interne aux tons majeurs, cette hiérarchie des degrés, ces rapports conflictuels ou amoureux entre les notes, cette mise en puissance d'un véritable champ de forces, on retrouve tout cela dans le mode mineur mais déduit, emprunté, non original, arraché au majeur comme la côte d'Adam dont Dieu façonna Eve ...

La greffe est bien audible et le produit hybride.

Le passage du majeur au mineur s'obtient simplement par une transposition de l'ordre des tierces ; rappelons que l'accord parfait est formé de deux tierces superposées : dans l'accord parfait majeur, la première tierce est majeure ( un ton plus un ton ) et la seconde mineure (un demi-ton plus un ton ) ; dans l'accord parfait mineur, on trouve successivement  : un ton, un demi-ton pour la première tierce ( mineure) ; un ton plus un ton pour la seconde tierce  ( majeure )

Dans les deux cas, on obtient par addition une quinte dite juste, ce qui permet aux deux modes de s'accoupler, de fonctionner ensemble.  ( ... )

 

Chaque tonalité majeure a sa relative mineure à la tierce inférieure ( LA mineur pour UT majeur )

 

Mais le rayonnement de l'astre UT majeur, vrai soleil, sa séduction, sa force d'attraction sont tels que dynamitant la belle ordonnance, il satellise le système concurrent en y faisant entrer---contre toute raison --- cette note sensible dont nous avons mentionné plus haut l'irrésistible propension ; on substitue au ton entier qui sépare normalement mais sans volupté les degrés sept et huit du mode mineur un demi-ton scandaleux, délictueux mais délicieux introduit en fraude par différentes astuces , altérations, dièses, biais aux conséquences curieuses ...

Le chemin qui monte n'est vraiment pas le même que celui qui descend : les perturbations introduites par l'introduction d'une note sensible dans le mode mineur -- note sensible dont le besoin n'est impérieux que dans la phase ascendante -- par les conséquences de cette introduction ( disparité des gammes montantes et descendantes), par les expédients utilisés pour obvier à ces conséquences ( multiplication des altérations) achèvent d'ôter sa cohérence, son indépendance au mode mineur.

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